À propos

« Cette idée de la mémoire, de la trace, m’obsède en tant que photographe. »

Jef ROZE

Entretien avec Jean-François Roze -photographe- réalisé par Marina Bourdais, Autrice et Photographe indépendant.

Si  Jean-François Roze a effectué ses premiers pas professionnels chez AGFA, c’est d’abord dans le marketing qu’il réalise une partie de sa carrière. Ses différentes missions dans les secteurs de l’automobile puis de l’aéronautique l’ont conduit  à poser ses valises à Londres, Amsterdam puis en Asie du Nord. Féru de voyages, c’est toujours accompagné de son appareil photo qu’il réalise ses nombreux séjours en Amérique du Sud, aux États-Unis, en Asie et en Océanie. Ce tour du monde a nourri chez lui une sensibilité particulière dans la découverte d’autres cultures et lui ont permis de développer une grande curiosité pour les autres.

M.B : Jean-François, racontez-nous votre rapport à l’image : comment est-elle entrée dans votre vie ?

J-F.R: L’image a toujours fait partie de ma vie et celle de mes trois frère et sœurs. Notre père, commercial, a géré pendant près de vingt-cinq ans un cinéma associatif dont je suis devenu, dès mes seize ans, le projectionniste. C’était mon tout premier job ! J’ai grandi à travers le cinéma et en entamant mes études supérieures de commerce à Rennes, c’est tout naturellement que je suis devenu le Président de l’association vidéo de l’école. J’apprenais le marketing le jour et je réalisais des courts-métrages en Hi-8 la nuit !

M.B : Et votre rencontre avec la photo, quels souvenirs en avez-vous ?

J-F.R : Mes premiers émois photographiques remontent à Doisneau. La poésie de ses photos m’a touché et ne m’a plus jamais quitté. Et puis il y a eu ce livre de photos offert par une correspondante américaine durant mon adolescence, A Day in the Life of America. Ce livre représente un souvenir marquant pour moi car il m’a éveillé au pouvoir de la photo et à son intérêt sociologique. J’étais également abonné au magazine PHOTO, qui a beaucoup nourri mon imaginaire…

M.B :Parlez-nous de Jean-Loup Sieff, je crois savoir qu’il a beaucoup compté pour vous…

J-F.R : Jean-Loup Sieff était un photographe que j’ai beaucoup admiré et que j’admire aujourd’hui encore. Il représente selon moi la parfaite alliance entre esthétisme et créativité. Lorsque j’ai effectué mon premier stage en marketing chez AGFA Photo, il était alors Président du jury du concours photo. C’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic pour la photo et acheté mon premier appareil argentique, un Minolta Dynax 500.

M.B :…et depuis, vous ne vous êtes plus jamais arrêté…

J-F.R : Cest vrai ! Depuis l’achat de mon premier reflex numérique à New-York en 2007,chaque nouveau voyage a été l’occasion d’affiner mon regard et de m’équiper de manière de plus en plus professionnelle. Les réseaux sociaux et plus particulièrement Instagram ont été un tournant : j’ai pu partager mes photos avec mes proches mais également des inconnus, y faire des rencontres et échanger.

M.B :À 45 ans, après une formation à l’école des Gobelins, vous décidez d’en faire votre métier. Quelles raisons vous ont poussé à devenir photographe professionnel ?  

J-F.R : Durant ces douze dernières années, j’ai ressenti un cruel manque de créativité dans mon métier. Je voyageais seul, souvent durant de longues périodes, notamment en Asie du Nord.

La photographie est devenue mon compagnon de voyage et très vite, une urgence : elle me permettait de transformer l’ennui en une ressource créative.  L’instinct, l’esthétique, la rencontre, la partage… sont devenues des valeurs que je souhaite expérimenter au quotidien dans mon travail.

M.B :Quels sont vos domaines de prédilection ?

J-F.R : Le portrait et la photo de voyage. Pour moi, ce sont deux domaines très proches, c’est de la « photo d’aventure » ! Sur un mariage par exemple, je ne suis pas là simplement pour prendre des photos. Tout en étant discret, je prends part à ce qui se joue, je cherche à connaître les gens, à comprendre qui ils sont, ce qu’ils aiment. Mon objectif, c’est qu’ils se sentent bien avec leur image et qu’ils revivent les émotions du jour J des années après cet événement exceptionnel, à travers les photos. Cette idée de la mémoire, de la trace, m’obsède en tant que photographe.

M.B :…c’est donc ça, le secret d’une photo réussie ?

J-F.R : Créer du lien est primordial dans ma démarche. Je cherche à produire des images avec une dimension émotionnelle et narrative forte. Peut-être parce que j’ai beaucoup été influencé par le cinéma de Chabrol et ses dialogues. Mais j’aime aussi celui de Arnaud Des Pallières ou Tarantino ! Cet éclectisme, je le dois certainement à mes années de voyage qui m’ont permis de réinterroger sans cesse mon point de vue, de prendre du recul et de m’ouvrir aux autres.

M.B : Quelle part de vous-même se retrouve dans vos photos ?

J-F.R : Peut-être la douceur, la bonté, le goût des belles choses et une grande part d’optimisme…